Simone dei Crocefissi << Retour

Le couronnement de la Vierge.

Vers 1395.

Signé « Symon fecit hoc opus ».

Tempera et or sur panneau. 90 x 56 cm.

Provenance :

– Très probablement l’église de San Michele del Mercato di Mezzo, Bologne.

– Collection privée.

 

Ce Couronnement de la Vierge, en très bon état de conservation, signé par son auteur le peintre bolonais Simone di Filippo, semble être à ce jour inédit et représente une importante adjonction à son œuvre.

Il s’agit très certainement du panneau central d’un polyptyque monumental, panneau dont on voit encore la forme du cadre, au-dessus du chœur des anges. On peut citer trois polyptyques de Simone dont le panneau central représente le Couronnement de la Vierge ; deux d’entre eux se trouvent à la Pinacoteca Nazionale de Bologne et portent les numéros d’inventaire 254 (signé « Symon de Bononia fecit hoc opus », sans provenance précise) et 298 (signé “Symon fecit hoc opus”, provenant de l’église des Santi Leonardo e Orsola, Capitolo) ; le troisième, signé et daté 1382, se trouve aujourd’hui à l’Istituto dell’ Addolorata à Bologne. Le sujet du Couronnement de la Vierge a été souvent traité par Simone di Filippo. Il a d’ailleurs bénéficié d’un grand engouement à partir du XIIème siècle, lorsque s’est répandu en Europe le culte de la Vierge.

La signature figurant sur notre Couronnement permet d’identifier sa provenance avec une quasi certitude. Carlo Cesare Malvasia mentionne en effet au XVIIème siècle un polyptyque avec cette même signature, qui se trouve dans l’église bolonaise de San Michele del Mercato di Mezzo, détruite par la suite :

« Sur le premier autel l’antique retable à compartiments dorés dont le centre représente, comme il était courant à l’époque, la Vierge couronnée parmi de nombreux autres personnages, et qui remplace sur le maître-autel un autre retable plus ancien ; il porte en bas l’inscription : « Symon fecit hoc opus », qui date des environs de 1370 » (Le pitture di Bologna, Bologne, 1686, éd. par Andrea Emiliani, Bologne, Alfa, 1969, p. 155).

L’église de San Michele del Mercato di Mezzo était située, comme son nom l’indique, près du marché et les deux donateurs représentés en bas du panneau viennent conforter cette provenance puisqu’ils sont bien vêtus comme des marchands.

On peut rapprocher de ce Couronnement de la Vierge quatre panneaux représentant saint Antoine le Grand et saint Jude Thaddée (collection Gozzadini, Bologne, en 1906) (1) et les apôtres André et Pierre (collection privée), qui sont similaires quant à leur style, leurs dimensions et leurs détails décoratifs (2).

Stylistiquement, la date d’exécution de cette œuvre se situe dans les années 1390. Il faut notamment la rapprocher des fragments d’un polyptyque commissionné en 1396 par deux marchands, Mercadante et Lorenzo Cospi, pour leur Chapelle de Notre-Dame à San Petronio (3). Dans cette période de sa maturité, les fortes tendances expressionnistes de Simone, héritées du grand Vitale da Bologna, se sont atténuées ; on perçoit par contre dans les maintiens plus sereins des personnages l’influence des peintres toscans qui travaillèrent dans l’esprit d’Orcagna, tandis que le luxe vénitien se retrouve dans les étoffes rares et les choix chromatiques raffinés.

Simone di Filippo reçut le surnom de « Simone dei Crocefissi » durant la Contre-Réforme, en raison de son talent pour cette iconographie particulière. Il a laissé une œuvre extrêmement importante et fut, à côté de Vitale da Bologna, l’un des principaux représentants de la peinture bolonaise au XIVème siècle.

Probablement formé à Pise dans l’atelier du grand Vitale, durant la dernière phase de son activité, sa carrière est abondamment documentée, depuis ses débuts vers 1355 lorsqu’il collabore aux fresques de l’église de Mezzaratta, où il signe « Symon » la Guérison de l’infirme sur le registre inférieur et où il est aussi l’auteur de la Circoncision sur la paroi de l’entrée (aujourd’hui à la Pinacoteca Nazionale), et de la Présentation au temple, restée en place.

(1) Collection de tableaux et objets d’art qui appartenaient au comte sénateur Jean Gozzadini, qui seront mis en vente à Bologne le 12 et 13 mars 1906, Bologne, p. 23, cat. n° 85.

(2) Bologne, Photothèque Federico Zeri, inv. n° 28519 et 28500.

(3) C.C. Malvasia, Le pitture di Bologna, Bologne, 1686, éd. par Andrea Emiliani, Bologne, Alfa, 1969, p. 165 ; M. Fanti, La fabbrica di San Petronio a Bologna dal XIV al XX secolo. Storia di una istituzione, Rome, 1980, pp. 71 sq. ; M. Medica, « Quatro tavole di Simone dei Crocifissi alla Compagnia dei Lombardi : un’ipotesi per la loro provenienza », in La Compagnia dei Lombardi in Bologna. Contributi per una storia di otto secoli, Bologne, 1992, pp. 71-76.